Ouverture des magasins le dimanche ou le débat manipulé
Par Valeriane EULRY le mercredi 5 décembre 2007, 20:50 - Entre les lignes ... - Lien permanent
Nous entrons dans le mois de décembre et comme chaque année à la période des fêtes, le débat sur l'ouverture des commerces ressurgit. A Nantes, comme cela a déjà été le cas l'année dernière, la mairie a dit NON.
Mais pourtant, tout le monde est d'accord n'est-ce pas ? L'actuel pensionnaire de l'Elysée avait fait cette promesse il y a déjà longtemps pendant sa campagne, et l'UMP avait essayé de faire passer un amendement en ce sens l'été dernier. La télé et les journaux vous le répètent : les français sont pour, les sondages le prouvent, et vous êtes abreuvés de témoignages d'untel qui trouve ça plus pratique d'acheter son saucisson le dimanche et d'une-telle qui est bien contente de travailler plus pour gagner plus ! Mais qui est vraiment interrogé ? Probalement pas les commerçants dont c'est le seul jour de repos, les caissières qui aimeraient voir leurs enfants ce jour-là, etc. On nous dit que cela serait basé sur le volontariat exclusivement... Mais le droit du travail ne dit-il pas que l'on peut licencier un employé qui refuse les heures supplémentaires ? Cela devient tout de suite un peu plus contraignant, comme volontariat.
On nous dit "cela permettrait d'embaucher des étudiants ou des précaires qui se feraient ainsi un peu d'argent". Cela n'est pas faux pour certains postes qui demande une formation assez rapide (hôte de caisse par exemple), mais qu'en est-il des vendeurs à proprement parler ? Vous aimez, en achetant un livre (un téléphone portable, un vin millésimé ou un fromage de chèvre pas trop sec merci mais juste ce qu'il faut), être face à un professionnel compétent et à l'écoute qui vous guidera dans votre choix. Pour reprendre l'exemple de la librairie, ce mode de fonctionnement serait tout à fait impensable. Et puis, qui est naïf au point de croire que cette mesure vise à créer des emplois quand il s'agit juste de "flexibiliser" les travailleurs à l'extrême !
De plus, l'année précédente (le 24 décembre était un samedi...) a prouvé que, contrairement à ce que prédisaient des oiseaux de mauvais augure, si les magasins ne sont pas ouvert tel jour, les gens viendront un autre jour : le vendredi 23 a été une journée de recettes exceptionnelles pour l'immense majorité des commerçants, tous domaines confondus, et ceux-ci ont pu passer Noël en famille... Elle est pas belle, la vie ?
Heureusement, si l'unanimité est la règle d'or dans les médias ces derniers temps, le débat montre un peu plus de variété sur le net, où l'on peut trouver quelques billets très savoureux !
Si je suis aussi vigoureuse dans mes propos sur le sujet c'est que, d'une part, je suis concernée en premier chef, mais je ne me fais aucune illusion en ce qu'il s'agit d'une première étape et que, après l'ouverture des commerces, c'est le travail pour tous le dimanche qui deviendra la norme, faisant ainsi faire à la société un bond de 100 ans dans le passé ! (la loi octroyant à tout un chacun le droit au repos dominical date de 1906). D'autre part, ce débat, qui peut paraître anecdotique à certains, me laisse entrevoir un avenir qui me fait froid dans le dos, avec les consommateurs d'un côté (loisir et plaisir accessible 24/24h, 7/7j), et les commerçants de l'autre (servitude au client-roi). J'aimerais me débarasser de cette vision...



Commentaires
ah la loi Sarrier de juillet 1906 sur le repos dominical...ah le bel article L. 221-5 du Code du travail ("Le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche").... ah tous les salariés qui se demandent d'où peut bien sortir cet article, eux qui travaillent régulièrement le dimanche... il faut savoir qu'à l'origine, cette loi fût votée dans le but de protéger, suite à un combat de longues dates, les ouvriers et les employés du commerce à une époque où les revendications salariales devenaient de plus en plus forte....mais à peine promulguée de nombreuses dérogations furent octroyées par les préfets et les sanctions étaient bien peu dissuasives.
Cette loi, dont le but légitime était de protéger une catégorie de travailleurs dont le travail est très prenant, a donc toujours eu dans la pratique un accueil mitigé particulièrement dans le commerce. Ce débat ne date pas d'hier. La pression sociale, la volonté populaire mènera-t-elle à la supression du repos dominical dansle commerce...si je ne me trompe pas n'est ce pas une des propositions de Monsieur Sarkozy qui, après s'être attaqué aux heures suplémentaires, a évoqué le travail le dimanche à la condition du volontariat et du paiement d'un double salaire pour les personnes travaillant ce jour... à mon avis on y échappera pas, votre vision risque de devenir réalité mais "loisir et plaisir accessible 24h sur 24" signifie-t-il nécessairement une vision unique du commerçant "servitude au client-roi" ?
Cette expression peur en effet paraître excessive ^^
Ce que j'ai voulu exprimer par là, c'est avant tout que, pour permettre cette accessibilité aux loisirs, les personnes qui les fournissent devront être plus disponibles (les horaires des commerces qui se rapprocheraient de ceux de l'hotellerie-restauration ?) et que, en conséquence, ce serait sacrifier les loisirs et la vie de famille des uns à ceux des autres ...
Personnellement je serais complètement partant pour travailler le dimanche, voire même la nuit, surtout si c'est payé plus (mais même sans). Et en tant que client, ce serait évidemment formidable de pouvoir trouver ce dont on a besoin à toute heure. (Et puis pour faire mon parisien, je trouve que y'a rien de plus sinistre qu'une ville de province le dimanche après-midi, mais bon, c'est un autre problème). Après, je comprends tout à fait que ça puisse gêner d'autres personnes, mais est-ce une raison pour pénaliser les autres ? Il faudrait mettre en place des protections, par exemple que ce soit inscrit dans le contrat (encore que ce serait une raison de plus de discrimer à l'embauche) ou bien qu'il y ait au moins un jour de congé obligatoire par semaine, même si ce n'est pas le dimanche.
Il est possible que cela convienne à ta situation personnelle, ce que je comprends tout à fait. Cependant, il faut penser à ceux pour qui cela n'est pas le cas.
Les métiers du commerce sont déjà pénalisés par rapport à d'autres : travail le samedi (donc pas de sortie le vendredi soir, pas de week-end en famille, ...), fermeture à 19h (voire 22h pour les grandes surfaces), ... Tu veux vraiment en rajouter ?
Les conventions collectives pourraient finir par se caler sur celles de l'hôtellerie-restauration, secteur peu réputé pour sa stabilité et donc dans lequel travaillent des personnes qui souhaitent (un peu comme toi) vivre cette vie-là.
Ceci rejoint mon sentiment d'un monde divisé en deux : les prestataires de service,les utilisateurs de l'autres. Deux mondes qui se croiseront sans se mélanger...
C'est le fameux travailler plus pour gagner plus... si encore vous étiez sûre d'avoir une augmentation de 140% de votre salaire, hein ce serait chouette !! Pour ma part en tant que client, je boycotte systématiquement les magasins qui sont ouverts le dimanche... Cela s'appelle de la morale. Bravo pour votre article.
Le H.
Je découvre votre blog et je trouve vos articles très intéressants.
Le problème du travail le dimanche ne me concerne pas directement puisque je ne suis pas salariée (pour l'instant) mais il pose effectivement le problème du respect de chacun des commençants. Et je trouve triste que certaines personnes s'ennuient le dimanche après midi parce que les magasins sont fermés...
Je pense aussi qu'il y a suffisamment de choix en termes d'horaires d'ouvertures pour que l'on réussisse à faire ses courses un autre jour que le dimanche.
Merci Valériane pour ton article plus qu'intéressant. De mon point de vue, le repos dominical est effectivement à respecter et à préserver pour garantir la qualité de vie des uns et des autres.
Quelle tristesse de passer son dimanche dans des magasins.... Il y a beaucoup d'autres activités enrichissantes à faire : se promener en forêt, visiter un musée, lire, s'amuser avec ses enfants, ....
La consommation à tout va pollue notre société !
L'argent ne contribue pas au bonheur.