Gratuité des frais de port : Amazon condamné
Par Valeriane le jeudi 13 décembre 2007, 14:39 - Entre les lignes ... - Lien permanent
Le jugement de la plainte du SLF contre amazon a été rendu hier : Amazon est condamné à verser 100 000 euros de dommages et intérêts. (voir l'article du Monde). Ce jugement fait suite à celui prononcé contre Alapage au mois de mai, qui avait fait jurisprudence.

Amazon n'avait pas attendu le jugement pour contre-attaquer en sollicitant ses clients pour leur demander de se mobiliser. Ce qui a donné ce genre d'article sur la toile auquel je me suis permise de répondre, peut-être avec véhémence, mais avec exactitude j'éspère.
Je suis convaincue que la majorité des gens qui sont pour la gratuité des frais de port le sont car ils ne comprennent pas les enjeux réels qui sont ceux du monde de la librairie aujourd'hui. Ou alors, ils n'ont cure des librairies indépendantes et préfèrent pour économiser quelques sous favoriser le libéralisme sauvage. Ce qui n'est pas impossible non plus.
J'éspère que les quelques liens que j'ai glissé dans mon article vous permettront de mieux cerner les enjeux du problème (je recommande en particulier aux courageux de lire l'arrêt de la cour d'appel concernant Alapage, très instructif pour préciser la nature du problème).
N'hésitez pas à me laisser des commentaires pour exprimer votre point de vue ou demander plus d'informations.



Commentaires
Il y a à mon sens trois problèmes bien distincts, 1) le fait qu'une entreprise fasse une entorse à la loi, la loi est la loi et nul n'est ne doit l'ignorer... 2) le fait que ces procédés occasionne un concurrence déloyale prouvée et qui plus est dévastatrice, les opérateurs téléphoniques, eux, ont bien été obligé de suivre la loi, ils n'ont pas coulé pour autant... et 3) l'intérêt du client web, qui lui serait plutôt d'accord financièrement parlant et dont les habitudes de consommation littéraire à bien changé depuis maintenant pas mal d'années...
Difficile de statuer en tant que client...mais en tant que citoyen, je suis avec la loi...
Bonjour,
Je me permets de poster ici car c'est grâce à vous que j'ai pu découvrir l'article d'Adicie et y réagir.
Je suis moi aussi très satisfait des jugements rendus à l'encontre d'Amazon et d'Alapage, en espérant qu'ils soient suivis d'effet et que les jugements rendus en appel confirment la tendance.
J'ai toutefois un point de désaccord avec vous (tout au moins a priori), au sujet des frais de port offerts.
A mon sens, ce service n'est en effet pas directement concerné par la loi Lang, contrairement aux bons d'achats sur les livres neufs. Je m'explique : le premier objectif de cette loi était de faire en sorte que les livres soient au même prix partout, quelque soit le revendeur. Et à ce titre, Amazon et consorts respectent ce principe au sein de leurs magasins.
Offrir les frais de port ne va donc pas à l'encontre de l'esprit de la loi. En revanche, ce service participe clairement à une volonté de dumping lorsqu'il est offert... sans montant minimal d'achats !
Il conviendrait donc, selon moi, de modifier la loi Lang afin de fixer un seuil minimal en deçà duquel ce type de service ne pourrait être consenti légalement au client, tout en imposant un montant minimal pour les frais de port de dessous de ce seuil. J'y vois deux grands avantages :
- le client continuerait à être "gagnant". Il lui suffirait pour cela de grouper ses achats.
- les libraires indépendants ou les créateurs d'entreprise pourraient à leur tour se lancer dans la vente de livres en ligne sans craindre de perdre leur clientèle du fait des pratiques déloyales de leurs concurrents. Tout le monde serait sur un même pied d'égalité.
Je suis en revanche fondamentalement opposé à l'interdiction sans condition d'offrir les frais de port. Pourquoi ? Essentiellement parce que c'est le meilleur moyen de renforcer le lobbying à l'encontre de la loi Lang !
D'une part les grosses sociétés auraient tout intérêt à persévérer dans l'épreuve de force et n'auraient de cesse de faire abroger cette loi (au niveau européen, si la France se montre trop inflexible) ; d'autre part, les clients eux-mêmes demanderaient à ce que cette loi soit abrogée (*). Autant dire que le combat serait perdu d'avance...
A trop demander, le SLF et le monde de la librairie risquent ainsi fort de remporter des batailles avant de perdre subitement la guerre dans les 5 ou 6 prochaines années...
(*) les propos lus un peu partout sur la toile, jusqu'au forum mis en place pour l'occasion sur amazon.fr, témoignent déjà de ce mouvement d'humeur très généralisé. Rares malheureusement sont les supporters du SLF dans cette affaire...
Merci pour ce commentaire très instructif!
J'ai commandé plusieurs fois des livres sur amazon par ignorance du risque causé par cette pratique de vente pour les libraires indépendants.
je trouvais pratique d'avoir un livre rapidement et de pouvoir n'en acheter qu'un sans frais supplémentaires. Ainsi je pouvais me faire plaisir et recevoir des petits colis plus fréquemment et d'êetre au plus prés de mes envies du moment!!
Je pense qu'effectivement, il serait préférable de demander un montant minimum d'achat pour permettre à des libraires indépendants d'avoir des pratiques de vente similaires aux grands.
Ce qui serait dommage, c'est que le commerce en tant que magasin, lieu d'échange et de rencontre disparaisse parce qu'il serait trop coûteux.
Et que la diversité éditoriale disparaisse au profit du lobbying.
Est-ce un risque?
Cordialement.